Bernard Kouchner en Equateur, après une première étape délicate en Colombie
Par Jean-Luc PORTE AFP - Mardi 29 avril, 17h05
BOGOTA (AFP) - Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, poursuit mardi en Equateur sa difficile mission en vue d'une libération des otages des Farc, dont Ingrid Betancourt, après une étape en Colombie pour tenter d'infléchir la position du président Alvaro Uribe.
"J'ai de l'espoir, j'ai de l'espoir mais c'est très, très très difficile. Nous devons attendre", a déclaré M. Kouchner, interrogé par la radio privée colombienne La FM sur l'évolution du dossier des otages.
"Je suis inquiet parce que la situation dans le pays est préoccupante", a-t-il ajouté.
Revenant sur sa rencontre avec le président colombien Alvaro Uribe la veille, il a assuré avoir eu "une bonne discussion". "Nous avons parlé de tout, de la situation et aussi des otages", a déclaré M. Kouchner, qui s'exprimait en espagnol.
Le ministre français des Affaires étrangères doit se réunir mardi à Quito avec le président socialiste équatorien Rafael Correa, qui s'est engagé à oeuvrer pour la libération des otages.
Il s'entretiendra auparavant avec les ministres de l'Intérieur Fernando Bustamante, de la Sécurité Gustavo Larrea et des Affaires étrangères, Maria Isabel Salvador.
A Bogota, M. Kouchner avait rencontré lundi soir pendant 45 minutes le chef de l'Etat colombien et lui "a remis une lettre de son gouvernement à laquelle Alvaro Uribe a promis de répondre rapidement", a indiqué à l'AFP un responsable de la présidence.
"Ce fut une rencontre cordiale et intense", a ajouté ce responsable. M. Kouchner est cependant sorti de l'entretien sans faire de déclarations.
Un responsable de la présidence avait prévenu qu'aucune "surprise" n'était à attendre. "Le président Uribe campe fermement sur ses positions", avait-il expliqué à l'AFP, précisant que "tout était déjà verrouillé" et qu'un retour à une médiation du président du Venezuela Hugo Chavez était exclu.
M. Uribe avait mis fin en novembre 2007 à une médiation de M. Chavez, l'accusant "d'ingérence" dans les affaires colombiennes.
Alvaro Uribe a fait savoir qu'il n'accepterait d'autre médiation que celle de l'Eglise catholique et des trois pays européens impliqués dans le dossier, France, Suisse et Espagne. Or les Farc récusent toute médiation de l'Eglise qu'elles accusent d'être partiale.
Le numéro deux des Farc, Raul Reyes, a été tué le 1er mars lors d'un raid de l'armée colombienne en territoire équatorien provoquant une grave crise diplomatique entre, d'un côté, la Colombie soutenue par les Etats-Unis, de l'autre l'Equateur et le Venezuela.
Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Bétancourt, que M. Kouchner a rencontrée lundi à Bogota, a souligné que l'engagement de MM. Chavez et Correa était nécessaire en vue d'un échange humanitaire, mais qu'il fallait que "maintenant le président Uribe fasse un geste".
La sénatrice de gauche colombienne Piedad Cordoba, qui participait à la réunion, a estimé que seule une intervention du président Chavez pouvait débloquer le dossier.
"J'ignore si le président Chavez est disposé (à intervenir) mais nécessairement il faut passer par lui", a dit Mme Cordoba, dont la médiation au côté du président vénézuélien a permis la libération depuis janvier de six otages des Farc.
Dans son dernier communiqué, l'agence de presse Anncol, proche de la guérilla, a estimé qu'actuellement, "prétendre parvenir à des accords humanitaires, aussi modestes soient-ils, est illusoire".
La guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) entend obtenir la libération de 500 guérilleros emprisonnés, en échange de 39 otages dits "politiques", dont trois Américains et la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue depuis 2002.
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