Les Farc écartent une libération rapide de Betancourt

par Luis Jaime Acosta, avec Elizabeth Pineau à Bucarest

BOGOTA (Reuters) - Quelques heures après l'arrivée en Colombie d'une mission humanitaire dépêchée par Paris pour venir en aide à Ingrid Betancourt, les Farc ont averti jeudi soir qu'elles ne libéreraient aucun otage sans un accord politique avec l'administration d'Alvaro Uribe.

"Les gens retenus dans nos campements ne seront libérés que dans le cadre d'un échange de prisonniers. Il n'est pas acceptable qu'ils réclament plus de gestes de paix après tant de témoignages de notre bonne volonté", a dit Rodrigo Granda, l'un des dirigeants du mouvement, dans un message publié par l'Agence bolivarienne de presse.

Granda, dont Nicolas Sarkozy avait demandé et obtenu la libération auprès de son homologue colombien en juin dernier, a ajouté que la mort de Raul Reyes, numéro deux des Farc, tué le 1er mars dans une opération colombienne en Equateur, avait compliqué la situation des otages.

Les autorités colombiennes ont proposé la semaine dernière de libérer sans délai plusieurs centaines de guérilleros en échange d'Ingrid Betancourt. Samedi, Alvaro Uribe a ajouté que Paris serait disposée à accueillir des rebelles qui libéreraient des otages, ce qu'a confirmé le Premier ministre français, François Fillon.

L'avertissement des Forces armées révolutionnaires de Colombie survient alors que la mission humanitaire dépêchée par Paris est arrivée jeudi en Colombie.

Après une escale à la Martinique, l'appareil français de type Falcon s'est posé dans la matinée sur la base militaire de Catam, à l'ouest de Bogota, a-t-on appris de source militaire colombienne. Une équipe médicale se trouvait à son bord.

Selon plusieurs sources non officielles, Ingrid Betancourt, détenue en captivité depuis février 2002, souffrirait d'une hépatite B et de leishmaniose, une maladie provoquée par un parasite qui peut atteindre la rate et le foie. Elle aurait également entamé une grève de la faim et refuserait les médicaments des rebelles colombiens.

"ON FORCE LE DESTIN" 

En marge du sommet de l'Otan à Bucarest, Nicolas Sarkozy a réclamé jeudi la plus grande discrétion autour de cette mission humanitaire, menée conjointement par la France, la Suisse et l'Espagne.

"J'ai des nouvelles mais compte tenu de la sensibilité de cette question, je ne peux pas en dire davantage", a déclaré le président français lors d'une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel.

"Tout tient à un fil. Un mot de trop, une erreur et le fil casse", a prévenu le président de la Confédération helvétique, Pascal Couchepin, à la Radio Suisse Romande. "Cette fois-ci il y a un espoir fort - mais on ne veut rien dire d'autre - que quelque chose se passe."

"C'est une mission complexe, dangereuse, pleine d'incertitude mais indispensable. On force le destin", ajoutait jeudi un représentant français dans la capitale roumaine.

Bernard Kouchner a déclaré vendredi matin qu'on ne pourrait réussir qu'en prenant des risques. "Nous sommes en train d'essayer, d'essayer, d'essayer et il n'y a pas d'autre solution. Si on ne prend pas de risque, on ne risque pas de réussir. Si on prend des risques, on risque de réussir", a-t-il dit sur Europe 1.

Dans un entretien diffusé jeudi soir par la chaîne de télévision France 3, Alvaro Uribe a rapporté que les Français avaient une idée de l'endroit où se trouve Betancourt. "Nous sommes prêts à suspendre les opérations militaires sur les lieux en questions", a ajouté le président colombien.

Interrogé sur l'état de santé d'Ingrid Betancourt, qui est âgée de 46 ans, il a répondu : "Je ne peux rien dire mais nous n'avons aucune confirmation sur les mauvaises nouvelles qui ont circulé la semaine dernière."

Depuis l'annonce lundi de l'envoi d'une mission pour prendre contact avec la guérilla et tenter d'accéder aux otages, les autorités françaises n'ont donné aucun détail sur sa composition ou sa feuille de route, pour des raisons "d'efficacité" et de sécurité.

D'après les proches d'Ingrid Betancourt en France, la mission, qui compte au moins un médecin et des diplomates, se rendra selon toute vraisemblance dans le sud-est de la Colombie. 

Ils évoquent plus précisément la région du Guaviare, où Clara Rojas, ancienne collaboratrice de l'ex-sénatrice franco-colombienne, a été libérée en début d'année avec cinq autres otages.

L'ambassadeur d'Espagne à Bogota, Andres Collado, a souligné la difficulté de la tâche: "C'est un problème avec deux interlocuteurs et nous travaillons à obtenir le feu vert et la collaboration des deux parties. Par conséquent, nous continuons de travailler sur ces deux volets."

Le CICR, qui a déjà servi d'intermédiaire dans le passé pour la libération d'otages des Farc, a fait savoir que la guérilla ne l'avait pas contacté à ce stade.

 

Retour sur le site Betancourt-France