Betancourt retrouve ses enfants dans "une orgie de baisers"

AFP - Jeudi 3 juillet, 18h07

BOGOTA (AFP) - La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt a retrouvé ses enfants "dans une orgie de baisers" à leur arrivée jeudi à Bogota, au lendemain de sa spectaculaire libération par l'armée colombienne après six ans passés dans la jungle aux mains de la guérilla marxiste des Farc. Evènement

Les enfants, Mélanie et Lorenzo, ont serré longtemps leur mère dans leurs bras, la couvrant de baisers. Ingrid Betancourt, qui était montée dans l'avion avec son mari Juan Carlos Lecompte, a lancé à la presse que les retrouvailles avaient été "une orgie de baisers".

Dans l'avion, quelques minutes avant l'atterrissage, Mélanie a laissé éclater son émotion et a fondu en larmes. Lorenzo a murmuré: "Cela fait six ans et demi que j'attends ce moment et je vais lui dire que je l'aime", a rapporté une journaliste de l'AFP qui se trouvait à bord de l'Airbus de la République française venu de Paris.

Lors de la descente de l'appareil sur Bogota, les enfants se sont tenu la main en cherchant leur mère du regard.

"J'ai hâte d'être en France, j'ai hâte d'être chez moi", a déclaré peu après Mme Betancourt, libérée après plus de six années de captivité aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

"Je voudrais embrasser le président (Jacques) Chirac et mon ami de toujours, (l'ancien Premier ministre) Dominique de Villepin, qui s'est battu pour les otages, pour nous tous", a-t-elle poursuivi.

"Je veux embrasser le président (Nicolas) Sarkozy pour lui dire que je l'admire et que je lui dois le fait d'être là aujourd'hui", a-t-elle dit.

"C'est une histoire incroyable avec une fin heureuse", et "je veux venir en France pour remercier tous les Français et partager ce moment de bonheur avec eux (...) je suis dans un état second, merveilleux, c'est un miracle", a encore déclaré Ingrid Betancourt.

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, venu de Paris avec les enfants, a été accueilli par son homologue Fernando Araujo et a affirmé que "la formidable famille Betancourt allait aider à libérer tous les otages" encore aux mains des Farc.

Ingrid Betancourt devrait arriver à Paris vendredi après-midi à bord de l'Airbus français, et sera accueillie à son arrivée par M. Sarkozy, a-t-on appris auprès de la présidence française.

Mme Betancourt a été libérée par l'armée colombienne avec quatorze autres otages, trois Américains et onze militaires et policiers colombiens, lors d'une opération héliportée soigneusement planifiée dans le sud-est du pays, dans la province du Guaviare.

Cette opération d'infiltration a été entièrement colombienne, a affirmé jeudi le ministre de la Défense Juan Manuel Santos, interrogé sur un rôle éventuel des Etats-Unis dans ce dénouement.

Les Etats-Unis "nous ont un peu aidés à calibrer certaines choses, mais très à la marge. La vérité, c'est que ce fut une opération à 100% colombienne, et que la totalité du travail de renseignement a également été colombien", a dit M. Santos.

La Maison Blanche a indiqué que les Etats-Unis étaient au courant que la Colombie préparait une opération mais que Bogota n'avait pas eu à leur demander leur feu vert.

Mercredi soir, l'ex-otage, âgée de 46 ans, avait retrouvé sur l'aéroport de Bogota sa mère, Yolanda Pulecio, et son époux, Juan-Carlos Lecompte.

Souriante et vêtue d'un treillis militaire, ses longs cheveux noués sur la nuque, elle était descendue la première de l'avion qui l'avait amenée à Bogota, avant de se jeter dans les bras de ses proches.

"Je remercie le président (Alvaro) Uribe d'avoir pris ce risque, je sais que cela a dû être un moment très difficile parce que l'opération était très risquée, mais elle s'est déroulée de manière impeccable", a affirmé Ingrid Betancourt quelques heures après sa libération.

Ancienne sénatrice et candidate écologiste à l'élection présidentielle colombienne, elle avait été enlevée par les Farc le 23 février 2002.

"Jamais nous n'avons improvisé", avait déclaré mercredi dans un discours à la nation le président colombien, qui a salué "le travail magnifique des militaires", avant d'offrir dans la nuit un dîner aux otages libérés.

En Colombie, les radios et télévisions avaient interrompu leurs programmes pour diffuser des émissions spéciales, interrogeant des gens visiblement euphoriques, émus et surpris par la libération d'Ingrid Betancourt.

Le ministre colombien de la Défense, présent mercredi soir sur le tarmac de l'aéroport, a souligné que cette "opération était digne d'un film".

Le commandant des forces militaires Freddy Padilla a rendu hommage à l'armée, soulignant qu'au cours de cette opération "il n'y a pas eu un seul tir, pas un seul blessé".

L'ensemble des dirigeants étrangers a exprimé son soulagement, à commencer par le président américain George W. Bush qui a félicité Alvaro Uribe.

Les trois Américains libérés, Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell, sont arrivés dans la nuit à San Antonio, au Texas (sud des Etats-Unis), avant d'être transportés vers un centre médical de l'armée.

Ils avaient été capturés en 2003 par les Farc lorsque leur avion s'était écrasé au cours d'une mission anti-drogue ordonnée par les Etats-Unis.

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