Ingrid Betancourt: "Ce n'était pas un traitement pour un être humain"

PARIS - Ingrid Betancourt a affirmé jeudi soir que ses conditions de détention pendant plus de six ans dans la jungle colombienne n'étaient "pas un traitement pour un être humain", et qu'elle a "bien sûr" envisagé la mort comme une possibilité lorsqu'elle a été malade à l'automne dernier.

"Ce n'était pas un traitement que l'on puisse réserver à un être vivant, je ne prétends pas parler d'un être humain, mais je n'aurais pas donné le traitement que j'ai reçu à un animal, même peut-être pas à une plante", a déclaré la Franco-colombienne lors du journal de 20h de France-2. "Je pense que les être humains, nous avons une conscience qui nous permet de respecter la vie, et là il n'y avait aucune conscience de vouloir nous sauvegarder dans notre dignité humaine, dans notre raison d'être. Il n'y avait que cruauté arbitraire, méchanceté. Ce n'était pas un traitement pour un être humain".

Toutefois, l'ancienne candidate à la présidentielle colombienne a affirmé n'avoir aucune rancoeur pour ses anciens geôliers des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). "Je leur souhaite à chacun d'eux, individuellement, le meilleur. Je souhaite que Dieu les porte dans sa miséricorde", a-t-elle assuré.

Libérée mercredi par l'armée colombienne, Ingrid Betancourt a affirmé jeudi soir avoir "bien sûr" cru qu'elle allait mourir à l'automne dernier lors de sa maladie, dont elle n'a pas précisé la nature.

"Je suis arrivée à un moment où j'ai compris que la mort était une possibilité. J'avais vu un de mes compagnons mourir, je savais que la mort arrivait très, très vite dans la jungle. La mort arrive de façon soudaine, la nuit", a-t-elle expliqué. "Et je me disais que dans l'état dans lequel mon corps se trouvait, c'est-à-dire sans réaction, c'était une option. Et donc j'ai fait un effort spirituel de me mettre en paix avec moi-même, mais surtout avec Dieu, et d'accepter cela comme une possibilité". C'est à ce moment qu'elle a écrit une lettre à ses proches pour pouvoir "libérer (sa) famille de culpabilité".

Si elle a déclaré avoir été "gravement malade", l'ancienne sénatrice colombienne a souligné que sa maladie, "dans un hôpital ici, ça aurait été quelque chose d'une demi-heure".

"Mais dans la jungle, sans médicament, avec une série de problèmes qui s'ajoutaient les uns aux autres, qui s'enchaînaient, je ne réussissais plus à m'alimenter, je perdais du poids à vue d'oeil, j'avais perdu la capacité de mouvement, j'étais donc prostrée dans mon hamac, j'avais du mal à boire", a-t-elle confié.

"J'en suis arrivée à une situation véritablement critique. Mais j'ai eu la chance de compter avec l'aide et la solidarité d'un de mes compagnons qui était infirmier", a-t-elle ajouté. "Il a eu les gestes adéquats et il a réussi à trouver des médicaments pour moi".

Ingrid Betancourt a dénoncé l'"espèce de marchandage, de marché noir" pour obtenir des médicaments des FARC. "C'était très, très, très, humiliant (...) Je pense que dans mon cas, l'ordre était de ne pas me donner des médicaments, donc j'étais véritablement dans une situation grave". AP

 

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