Ingrid Betancourt, libérée, retrouve ses enfants
BOGOTA (Reuters) - L'ex-otage Ingrid Betancourt, arrachée aux rebelles des Farc lors d'une spectaculaire opération héliportée de l'armée colombienne après six ans de captivité, a retrouvé ses enfants jeudi à Bogota.
La Franco-Colombienne, ex-candidate à l'élection présidentielle, était retenue dans la jungle depuis le 23 février 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), dont elle était l'otage la plus connue.
Le fils et la fille de la sénatrice, Lorenzo et Mélanie, sont arrivés jeudi matin à Bogota en provenance de Paris.
"Ce que je ressens maintenant est très proche du paradis", a confié Betancourt à des journalistes à l'aéroport en serrant ses enfants contre elle.
Betancourt et 14 autres otages - trois Américains et onze Colombiens - ont été secourus mercredi au cours d'une opération par hélicoptère qui n'a occasionné aucune effusion de sang et pour laquelle des soldats ont donné le change aux rebelles en se faisant passer pour des employés d'une ONG humanitaire.
Cette libération est un revers de taille pour le plus ancien mouvement de guérilla d'Amérique latine et un coup d'éclat pour le président colombien Alvaro Uribe, farouche adversaire des Farc dont le père fut tué par ce mouvement il y a deux ans.
Elle vient renforcer la confiance de l'opinion et des milieux économiques en Uribe, qui jouit d'une très forte popularité en Colombie en raison de sa fermeté face aux guérilleros et de sa politique visant à favoriser les investissements et la croissance.
22 MINUTES DE SUSPENSE
L'audacieuse opération de l'armée colombienne affaiblit encore les moyens de négociation des Farc, qui ont perdu trois dirigeants cette année - leur chef Manuel Marulanda, leur numéro deux Raul Reyes et un membre du secrétariat général, Ivan Rios.
Les trois otages américains - Marc Gonsalves, Keith Stansell et Thomas Howes -, employés par le groupe de défense Northrop Grumman, ont été rapatriés après cinq ans de captivité. Ils avaient été capturés en 2003 après la chute de leur avion dans la jungle lors d'une opération antistupéfiants.
Onze soldats et policiers colombiens retenus en otages ont aussi retrouvé la liberté après l'opération qui, de l'atterrissage de l'hélicoptère à la neutralisation des deux guérilleros qui étaient à bord, a duré 22 minutes.
Selon les autorités colombiennes, les renseignements militaires avaient infiltré le mouvement de guérilla dans la jungle de la province de Guaviare (sud). Des soldats se sont présentés comme les membres d'un groupe humanitaire chargé de convoyer les otages par hélicoptère vers un autre camp pour y rencontrer le nouveau chef des Farc, Alfonso Cano.
Le président Uribe a salué une opération "comparable aux moments les plus héroïques de l'histoire humaine, mais sans effusion de sang ni coup de feu".
Les Farc, considérés comme une organisation terroriste aux Etats-Unis et en Europe, détiennent encore des centaines d'otages, dont certains depuis une décennie.
Le mouvement, né dans les années 1960, ne compterait plus que 9.000 combattants contre 17.000 auparavant. Les enlèvements et le trafic de cocaïne sont ses sources de financement. Il veut échanger 25 captifs "en vue" contre des rebelles incarcérés, mais ses discussions avec le gouvernement butent sur les conditions d'un tel échange.
BETANCOURT ATTENDUE VENDREDI À PARIS
Il n'y avait plus de signe de vie de Betancourt depuis la diffusion d'une vidéo par la guérilla le 30 novembre 2007, où elle apparaissait très amaigrie et affaiblie dans un camp.
Le président socialiste vénézuélien Hugo Chavez, aux antipodes d'Uribe sur l'échiquier politique, a téléphoné au président colombien pour le féliciter du succès de l'opération, a rapporté la télévision de Caracas. Chavez, après avoir obtenu la libération de plusieurs captifs des Farc en début d'année, avait appelé les Farc à libérer les otages sans conditions.
Pour certains analystes, l'opération de mercredi accroît la pression sur les rebelles. "Le seul choix qui s'offre aux Farc est d'adopter une attitude plus politique envers le gouvernement", estime Pablo Casas, du groupe de réflexion Sécurité et Démocratie. "Même Chavez pense qu'ils doivent cesser de recourir aux enlèvements et aux autres stratégies violentes."
D'autres n'excluent pas que l'humiliation qui leur a été infligée mercredi incite les rebelles à redoubler de violence.
A Paris, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a déclaré que Betancourt arriverait vendredi après-midi en France, où devrait l'accueillir le président Nicolas Sarkozy.
Mercredi soir, dans sa première déclaration publique après sa libération, Betancourt a rendu grâce à Dieu et remercié l'armée colombienne en exprimant l'espoir que sa libération soit un "signe de paix" pour la Colombie.
Jeudi, elle a entretenu le suspense sur son avenir, précisant qu'elle voulait se donner le temps de la réflexion avant de reprendre éventuellement en Colombie une carrière politique interrompue par plus de six ans de captivité.
Betancourt avait été enlevée alors qu'elle menait campagne pour l'élection présidentielle colombienne de 2002 au nom du parti écologiste Oxigeno Verde. Elle était alors créditée d'environ un pour cent des intentions de vote.
Aujourd'hui âgée de 46 ans, elle est devenue le symbole de la souffrance des otages des Farc, la mobilisation de ses proches et sa double nationalité ayant contribué à médiatiser sa lutte sur le plan international.
Sa libération a été accueillie avec un grand soulagement en France, où des mairies affichaient depuis des mois son portrait sur leur fronton. Un rassemblement était prévu jeudi en fin d'après-midi à Paris pour fêter sa libération.