Chavez aux Farc: libérez tous les otages, la guérilla plus d'actualité

AFP - Lundi 9 juin, 07h28

CARACAS (AFP) - Le président vénézuélien Hugo Chavez a demandé dimanche au nouveau dirigeant des Farc, Alfonso Cano, de libérer sans conditions tous les otages, tout en déclarant qu'un mouvement guérillero armé n'était plus d'actualité en Amérique latine.

"Je crois que le moment est venu pour les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) de libérer tous les (otages) qu'elles retiennent dans la montagne sans rien en échange. Ce serait un grand geste humanitaire" a déclaré M. Chavez durant son programme radio-télévisé dominical "Allo Président".

"En Amérique latine, un mouvement guérillero armé n'est pas actuellement à l'ordre du jour, et cela il faut le dire aux Farc", a poursuivi le chef de l'Etat vénézuélien.

M. Chavez avait demandé en début d'année le retrait des Farc de la liste des organisations terroristes, considérant que les rebelles devaient être reconnus comme "des forces insurgées".

C'est la première fois que le président vénézuélien adresse un message à Alfonso Cano depuis que sa désignation à la tête des Farc a été annoncée fin mai.

"Je dis à Cano: allez, libérez tous ces gens, puis, avec un groupe de pays" démarrons les négociations sur un accord de paix, a insisté Hugo Chavez.

"C'est ce que je voulais dire à (Manuel) Marulanda", a ajouté le dirigeant vénézuélien, qui a regretté de ne pas avoir obtenu l'accord de la Colombie pour rencontrer l'ancien numéro un des Farc, le leader historique surnommé Tirofijo, décédé fin mars.

"Le contexte dans lequel se trouve l'Amérique latine et même le contexte des Etats-Unis semble créer des conditions favorables à un processus de paix" en Colombie, ajoute le dirigeant vénézuélien.

Pour Hugo Chavez, la lutte armée des rebelles est devenue un prétexte à l'interventionnisme américain en Amérique latine.

"Vous êtes devenus une excuse, une excuse pour l'empire (américain) pour nous menacer tous, vous êtes l'excuse parfaite", a-t-il déclaré à l'adresse des Farc.

"Le jour où on fera la paix en Colombie, cela en sera fini de l'excuse de l'empire du terrorisme, comme (les Américains) le disent", a estimé M. Chavez.

Le ministre colombien de l'intérieur et de la justice, Carlos Holguin, s'est déclaré dimanche "surpris" par l'appel lancé par le président vénézuélien Hugo Chavez.

Chavez est un "grand défenseur et allié (de la guérilla) et sa démarche est très surprenante", a-t-il déclaré à la télévision Caracol.

"Pourvu que les Farc l'entendent (Chavez), ainsi que l'ensemble de l'Amérique Latine, si cela représente une contribution de plus à son développement, sans que soit fait appel en aucune manière au terrorisme", a-t-il ajouté.

Pour sa part, le ministre des affaires étrangères colombien, Fernando Araujo, a déclaré à la radio RCN que "cette proposition correspond à ce qu'ont toujours dit les Colombiens sur le fait que les prises d'otages n'ont aucune place dans notre société, qu'elles sont repoussées par tout le monde, et que nous exigeons des Farc la libération immédiate de tous les captifs".

Juan Carlos Lecompte, le mari de l'otage franco-colombienne, détenue par la guérilla des Farc depuis plus de 6 ans, a estimé également qu'il "était temps de libérer tous les otages", dont certains sont prisonniers depuis plus de dix ans.

Le président vénézuelien avait assuré entre septembre et novembre 2007 une médiation auprès des Farc en vue de parvenir à un échange humanitaire entre une quarantaine d'otages aux mains des rebelles - dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et trois Américains - et quelque 500 guérilleros emprisonnés.

Bogota avait mis fin à cette mission accusant Hugo Chavez d'avoir pris parti pour la guérilla.

M. Chavez reconnaît toutefois que ses contacts avec les Farc ont été "anéantis" après la mort du numéro deux de la guérilla Raul Reyes, tué dans une attaque colombienne contre un campement des Farc en Equateur le 1er mars.

 

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